Online French courses - Activités en Français

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CONCOURS: AVOIR 20 ANS À MONTPELLIER MADELINE - www.accentfrancais.com

20ans

Madeline   21 ans  Etats-Unis

 

 

Demain j'aurai vingt-et-un ans, ou: La mort et la renaissance de l'optimisme

Une réflexion personnelle

 

 

Demain c'est mon anniversaire.  J'aurai vingt-et-un ans. 

Quand j'ai annoncé à mes amis américains que j'irais en France, la réponse a été toujours la même – ça sera comme avoir vingt-et-un ans.  Tu seras libre en avance – tu as de la chance !  Aux Etats-Unis, l'adolescence dure pendant longtemps.  Chaque fois qu'on franchit un étape pour devenir adulte, on reste toujours enfant.  On peut conduire à seize ans, on peut voter à dix-huit ans, mais tout le monde sait que l'âge adulte véritable n'arrive pas jusqu'à l'âge de vingt-et-un ans.

Aller en France était, selon moi et mes amis, une façon de sauter la ligne.  J'ai fêté ma liberté dès mon départ au dessus des eaux internationales avec un verre de vin dans l'avion Air France. Quand je suis arrivée, j'étais sure de ce que voulait dire, « avoir vingt ans à Montpellier » : avoir les fameux vingt-et-un ans chez moi.  La liberté totale.  L'autonomie. 

Quand je suis allée au lycée Jules Guesde, une école professionnelle où j'ai accepté de faire du bénévolat aux cours d'anglais, je me suis préparée pour être une figure d'autorité.  Moi, j'aurais vingt ans, et eux, ils auraient peut-être quinze ou seize ans.  Quand nous nous sommes présentés, je me suis rendu compte, évidemment, de m'être trompée.  J'ai dix-neuf ans, m'a dit un, et moi vingt-et-un ans, m'a dit un autre.  Au début, j'étais gênée – je n'avais pas le droit de me comporter comme leur prof, ils avaient le même âge que moi !  Puis, horrifiée, j'ai imaginé – que fallait-il faire si je rencontrais un élève dans un bar ou une boîte ?  Moi en train de danser avec mes amis ?  Quel horreur.  Il serait impossible d'incarner le rôle qu'on m'a donné à cette école.

Mais puis j'ai pensé à eux : avoir vingt ans, être libre à boire et à fêter, mais encore forcés dans une petite chaise d'écolier pendant sept heures par jour.  Moi je pensais que j'allais devenir folle au lycée à l'âge de dix-huit ans – continuer dans cette mode d'infantilisation jusqu'à l'âge de vingt-et-un ans me paraissait impossible. 

En suite, les élèves m'ont dit ce qu'ils voulaient faire – leurs aspirations.  Un par un, en mauvais anglais, ils m'ont tous dit la même chose : sales, sales, management, sales.  Pour ces lycéens, les aspirations étaient des buts véritables – des probabilités, même.  Aux Etats-Unis, tout le monde est maître de son destin.  Je ne sais pas si c'est vrai, mais c'est ce qu'on apprend dès la naissance.  Tu peux devenir ce que tu veux.  N'importe quoi.  Astronaute ?  C'est possible.  Star ?  Bien sur.  Président ? Si tu travailles dur, oui, c'est réalisable, comme tout.  Mais ayant vingt ans, je me trouve au bout de cette optimisme – maintenant, quand je dis que je me spécialise en littérature anglaise, les personnes me demandent ce que je pense pouvoir faire avec cela.  Je leur dis que je deviendrai écrivaine célèbre.  Ils me sourient, et disent bonne chance.  Au lycée professionnel montpelliérain, on ne dit pas bonne chance.  On est réaliste.  Après avoir reçu son bac pro, on travaille dans la vente. 

Les lycéens de Jules Guesde peuvent faire des choses que je ne peux pas.  Ils peuvent aller en boîte dès l'âge de dix-huit ans, aller boire un verre comme des adultes, et moi j'ai dû sauter la ligne.  Mais à Montpellier, l'adolescence est même plus compliquée que chez moi : pouvoir boire mais ne  plus pouvoir rêver ; être libre pour louer une voiture mais obligé d'assister à une journée entière de cours dans le même bâtiment.  Pour moi, avoir vingt ans à Montpellier est comme des vacances – c'est un monde où je suis déjà adulte, où personne ne me demande ma carte d'identité ou me juge indigne de confiance.  Mais j'ai appris que la jeunesse est aussi une prison pour certains ici – une prison dont les paramètres sont différents.

Demain j'aurai vingt-et-un ans.  Je peux retourner aux Etats-Unis avec ma liberté européenne.  Mon enfance est fini.  Je me demande si ce n'est pas aussi le moment pour laisser tomber mon idéalisme par rapport à mon avenir.  Il y a des choses pratiques à considérer, je le sais bien.  Quand même, je crois que je peux rêver un jour de plus.

 

 

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